L’Oasis de Loumbila

Reportage au cœur de la Ferme Blessing Valley, un modèle d’agriculture intégrée encore rare au Burkina Faso.


A l’entrée de la ferme Blessing Valley de Loumbila, le portail en fer rouge, ouvert sur l’immensité du domaine invite déjà à la découverte. Un employé souriant devant la porte asperge chaque visiteur d’un désinfectant frais avec une odeur particulière presque médicale. L’ambiance générale est calme, ponctuée seulement par les bruits des poules qui s’agitent dans leur enclos.

A quelques mètres, les enclos attirent immédiatement l’attention. Des poules pondeuses occupent l’espace en grand nombre, plus nombreuses que les volailles.

Dans une salle, des couveuses alignées de gauche à droite émettent un bourdonnement électrique constant. Des œufs blancs et bruns sont sur des plaquettes prêts à éclore. Dans une pièce voisine, des centaines de poussins piaillent bruyamment, regroupés dans une cage maintenue à température élevée. « Nous gardons les poussins dans une pièce chaude pour éviter qu’ils ne meurent à cause la fraicheur. Ils sont encore très fragiles » affirme le guide 

Après l’agitation des poulaillers, le contraste est saisissant. Les vergers s’étendent calmes et verts. On y voit des orangers, des manguiers, des papayers et de goyaviers. La terre est humide sous les pas. Des fruits mûrs sont accrochés aux branches. D’autres gisent au sol, tombés, commençant à pourrir.

Des pintades et des dindons picorent derrière un grillage. Plus loin, des boeufs et des chèvres ruminent à l’ombre. La ferme rassemble presque tout ce qui peut vivre e pousser sur cette terre. Chaque animal, chaque arbre a sa place. Le fumier des uns nourrit les vergers des autres. Rien ne se perd, tout se transforme. 

La ferme Blessing valley se distingue par son modèle intégré. Élevage, culture et transformation coexistent sur un même site, couvrant presque tous les aspects de l’agroalimentaire.

Le promoteur de la ferme explique avoir commencé son projet alors qu’il était encore étudiant.

« J’ai pris le FONER, j’ai acheté des poules, puis j’ai vendu une parcelle que je possédais pour acheter d’autres espèces », confie Mr Kiendrebeogo Léon 

Mr Kiendrebeogo Léon, promoteur de la ferme Blessing valley 


Les employés qui font vivre ce modèle sont majoritairement des femmes. Mme Bonkougou Germaine, 35 ans vêtue d’une robe tissé en Faso Danfani explique : « Nous commençons le travail à 6h du matin et terminons à 17h. je suis contente de travailler ici ».

Ce modèle, dit « intégré », où élevage, culture et transformation coexistent sur un même site, détonne dans le paysage agricole national.

Au Burkina Faso, l’agriculture constitue l’un des piliers de l’économie. Elle emploie près de 80 % de la population active et contribue à plus de 20 % du Produit intérieur brut (PIB) selon le Ministère de l’agriculture. Pourtant, ce secteur reste majoritairement dominé par de petites exploitations familiales de moins de cinq hectares, fortement dépendantes des pluies et souvent spécialisées dans une seule production, qu’il s’agisse de cultures vivrières comme le mil ou le sorgho, ou de cultures de rente comme le coton.Dans ce contexte, les fermes intégrées, combinant elevage, cultures et transformation sur un meme site restent encore rares.


À Loumbila, la Ferme Blessing Valley illustre qu’un autre modèle agricole est possible. Reste à savoir si cette expérience demeurera une exception ou si les graines de cette vision finiront par germer ailleurs dans un Burkina Faso en quête de souveraineté alimentaire.


✍🏿Malika Yasmine KABORE 

Suivez le reportage vidéo dans la vidéo ci dessous 👇🏿

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